Tant de differences

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Bulgarie - Plaine du Danube
de Chipska, le 06-07-2007

Tant de differences

Nous sommes restes trois semaines en Bulgarie et le petit resume qui suit est donc a prende avec toute la relativite qu'il se doit car nous n'avons evidemment qu'un apercu des choses. Bien sur, en venant de Turquie on s'attendait a un changement d'ambiance mais il fut beaucoup plus important que ce que l'on prevoyait.

    La canicule deja bien installee mi-juin, nous avons pris petit a petit un rythme digne du GR20 : reveil a 5h30, depart 7h (quand nous etions au top de notre efficacite), pause imposee de 11h30 a 17h puis une grosse heure de route avant le campement en essayant de se coucher avant 22h. Nous avons donc pu profiter des odeurs matinales nottament celle du foin fraichement coupe, des premiers rayons du soleil, des chants des oiseaux et du caquettement des cignognes, de la petite brise qui carresse les joues aux premiers coups de pedales, du depart de familles pour les champs sur leur carrioles tirees par les chevaux... (Soit dit en passant, ces vielles femmes ou vieux hommes, ne feront pas de pause en pleine chaleur et continueront a couper le foin a la faux jusqu'au soir).


     Nous avons pu acheter un dictionnaire seulement trois jours apres notre arrivee et, trois jours sans pouvoir communiquer c'est long. Nous nous sommes procure une carte et un dico en cyrillique pour accelerer l'apprentissage. Apres trois semaines, nous commencions a peu pres a dechiffrer ces droles de caracteres.


    Dans les premiers jours nous avons ete acheter de l'eau dans une petite epicerie de village et cela s'est transforme en une invitation au cafe, puis soupes aux tripes (il faisait + de 40 degres dehors) puis une douche (ca ne se refuse pas), puis un orage, puis une invitation a dormir, puis a nouveau un repas.... Angel, Maria et Mitko (leur fils) tiennent une epicierie et un petit cafe/resto. Angel nous a litterallement gave de boissons, frites au fromage (elles se mangent comme ca en Bulgarie), salades et autres viandes... Mitko leur fils de 26 ans parlait tres bien anglais et nous a explique pas mal de choses sur son pays et cela nous a ete utile par la suite. Nous sommes finalement restes trois nuits chez eux.


   Ensuite nous avons traverse d'est en ouest le massif des Rhodopes, frontiere naturelle avec la Grece.Ce fut un reel plaisir a velo. Supers bons coins pour planter la tente, sources tout au long de la route, paysages mi-Morvan mi-Jura, siestes a l'ombre de grands arbres .... Toute une espece de quietude a laquelle nous n'avions pas gouter depuis un bon moment. Et pour parfaire le tout, nous pouvions enfin echanger quelques paroles car la plupart des gens dans cette partie de la Bulgarie parle turc (ils sont emigres turcs de longue date ou Pommaks : Bulgares musulmans).Vu notre itineraire nous avond'ailleurs remarque plus de mosquees que d'eglises orthodoxes. Petite ombre au tableau tout de meme. De bon matin, Flo tout emprunt de cette ambiance bucolique et admirant un vieux pont, n'a pas pu eviter un des enormes trous qui agrementent toutes les routes secondaires bulgares. Resultat : siege fendu sur les cotes et fourche completement tordue. Cela rendait les prochaines etapes beaucoup plus precaires.


   Nous avons rejoint le massif du Pirin ou nous attendait une superbe rando de quatre jours a environ 2000 m d'altitude. Bapteme a 2500 m pour notre fidele Rondane (tente). Enfin nous pouvions respirer, passer incognito sans nos droles de velo, nous laver dans les torrents tres froids, grimpouiller dans les pierriers, faire chuter notre moyenne matinale de 6 a 3 tartines, rever de bieres ou plats au fromage, laisser vagabonder nos esprits le long des cretes loin des soucis techniques et autres enervements automobiles et, deposer nos sacs a dos avec grand soulagement et emerveillement entre sommets et lacs eclaires par le soleil couchant.


   Le retour a la realite fut moins magique. Nous avons retrouve Tsvetenka et sa famille, a qui nous avions confie nos velos. Elle parlait tres bien francais et nous a confirme ce que l'on avait deja un peu observe. Elle est institutrice et gagne 120 euros par mois (salaire moyen). Bien sur la vie et les produits sont moins chers ici, mais il n'empeche. Cela, nous dit-elle, ne suffit pas pour acheter de la viande regulierement ou equiper correctement la cuisine du resto qu'elle tient avec son mari (en plus de son boulot). Nous ne sommes pas statisticiens mais il nous a semble que les gens ont vraiment du mal a vivre convenablement.


  Les villages que nous avons traverses (ils ne sont peut-etre pas tous comme ca) sont assez tristess. Grands batiments anciennement imposants completement abandonnes, parc non entretenus, statues a la gloire de soldats, panneaux de signalisations tellement rouilles que nous ne pouvons parfois pas lire le nom de la localite, magasins pour la plupart proteges par de grandes grilles, peu d'eclairage la nuit, vieilles pharmacies hors service, avis de deces colles sur de nombreues portes d'entree (on les laissent sur la porte des qu'il y a un deces dans la famille), routes defoncees, gares en piteux etat.... Nous ne voyons plus des ribambelles d'enfants courir derriere nous et nous crier “Hello ! Hello!” comme en Turquie. Nous ne voyons d'ailleurs pas beaucoup d'enfants alors que ce sont les vacances. Quelques personnes dehors aux terrasses de cafes. Tous ne nous rendent pas notre bonjour : retenue ? surprise ? indifference ? moeurs? mefiance ? Nous ressentons comme une certaine morosite. Nous sommes quotidiennement deroute par le paradoxe entre les traces de l'epoque communiste et accession a la modernite : voitures modernes et vielles Lada, immeubles neufs et autres debris de la grande epoque, piscine digne d'une boite de nuit de Monacco et vieux batiment balneaire a l'abandon, vieux telephones a touches circulaires et usage quelque peu abusif de portables...  Mais encore une fois, ceci est notre ressenti de seulement trois semaines et peut-etre que quelqu'un d'autre aurait un avis tout a fait different.

   Notre passage Sofia renforce ce etrange sentiment. En plein centre ville, nous parcourons, un marche completement surprenant : d'un cote les etalages de fruits, et de l'autre, des hommes, des femmes et des enfants par terre. Poses devant eux des bouts de journaux qui font office de tables pour vendre du rien : bout de rapes a fromage, vielles lunettes de piscine, bout de magazines, petites pieces en ferrailles...Les gens dans la rue sont habilles modestement, quelques femmes fouillent dans les poubelles, quelques personnes sont pas mal “alcoolisees”. A 15 minutes de marche, le quartier officiel : grands batiments, cafes branches, hotels de luxes, filles habillees hyper court, magasins de sanitaires hyper chic.. Sans doute est-ce le sort de toute grande ville mais ce soir la, nous etions troubles par tant de miseres dans cette capitale nouvellement europeenne. Nous sommes restes deux jours a Sofia et nous avons flane au centre culturel francais et dans un parc juste a cote. Nous commencons a envisager et programmer le retour, et il faut bien dire que cela nous procure quelques effervesences cerebrales.


   Le semaine derniere nous avons roule en direction de la Roumanie. Le velo de Flo a retrouve son apparence originale grace a une operation formidable de cinq garagistes. Nous avons dormi une nuit dans une salle d'attente que l'on croyait hors d'usage. Elle se trouvait exactement entre deux rails de chemins de fer. Le lendemain a 6h50, une brave petite dame nous a reveille en nous disant qu'elle devait vendre ses tickets pour les voyageurs du train de 7h. Puis nous avons connu vent et grosse chaleur a l'approche de la plaine du Danube.

   Et depuis 3 jours, nous avons traverse cet enorme fleuve et sommes en Roumanie. Encore une toute autre ambiance. Mais nous vous en dirons plus la prochaine fois.


Plein de bises a vous tous et plein de chaleur d'ici

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