C'est avec plaisir que nous avons repris nos vélos pour vivre encore quelques jours de liberté avant le grand saut, déjà un peu nostalgiques de quitter petit à petit notre mode de vie à la nomade. Traversée des Vosges par le col de la Schlucht, soleil radieux et couleurs d'automne. Retour aux sources en Haute-Saône puis en Côte d'Or. La fraîcheur et le brouillard des dernières nuits sous la tente nous aidèrent à convoiter le confort qui nous était bientôt destiné : lit douillet, douche et vaisselle à l'eau chaude, inutilité du bonnet pour prendre le petit déj… Nous avions à la fois hâte mais la suite nous effrayait aussi.
Nous avons continué à rencontrer des gens accueillants jusqu’au bout, notamment Fabienne, qui d’une demande d’indication pour une cabine téléphonique, nous a offert sa cabine de douche et un bon moment autour d’un verre. Son frère, le lendemain, nous offrait sa bonne humeur, des cafés et un accès libre sur internet pour nos derniers et nombreux messages pour la fête de retour.
La veille de notre arrivée, à moins de 10 km de la salle, le stress et les émotions des imminentes retrouvailles prirent le dessus. Comme par magie, nous avons croisé Yves et Thésie, la soixante-dizaine rayonnante, ex-voyageurs à vélo, absolument fantastiques. Ils nous ont permis de passer une dernière nuit, invités, à discuter de tout et de riens mais surtout de montagne, voyages et autres projets qui tiennent à cœur dans une vie.
Le jour J est arrivé, jour de l’automne 2007. Yves essaie bien de nous répéter le trajet (10 km à faire, nous ne risquons pas d’être en retard), mais Thésie comprend très bien notre état et lui dit que ce n’est pas la peine. Palpitations, angoisses, je sais que nous allons passer dans un autre monde dans une heure, avec pleins de surprises. Qui sera là, est-ce que nos parents ne vont pas s’ennuyer ce soir, y aura-t-il de la place pour tout le monde, est –ce que nous n’allons pas saouler tout le monde avec nos récits de baroudeurs, si nous n’en parlons pas, est – ce qu’on n’aura pas peur de nous saouler avec des questions qui paraissent rébarbatives, mes parents seront-ils à l’heure ? A cette dernière question, je préfère être sûr, ce serait trop con. Le coup de fil était utile, les deux nivernais sont à une heure et demi de Dijon, et nous avions prévu d’arriver… dans deux minutes. Stress, attente dans le bled d’avant. Mon agacement se transforme en émulation lorsque nous discutons avec un monsieur au fort accent de l’est. Il nous a prêté son téléphone, la cabine étant HS. Arben est né au Kosovo, et c’est avec une joie immense que nous lui disons « mir dita » (bonjour en albanais), et que nous échangeons sur l’Albanie où nous avons été si bien accueilli. Avec sa femme Anne-Sophie, ils nous invitent à boire un verre pour nous évacuer le stress de l’attente, impossible. Jusqu’au bout, ce voyage aura été exceptionnel. En 2 minutes, nous passons d’un départ klaxonné, salués de loin par ce couple et leurs filles, à un retour dont nous ne savons encore rien. C’est une longue ligne droite qui clôt cette petite balade en Europe. Il fait un soleil magnifique et nous nous tenons la main. Là- bas nous apercevons un rond point et des silhouettes qui courent. C’est hallucinant, nos parents et amis sont là, des visages que l’on redécouvre après ces 14 mois, et nous sommes accueillis en musique par Astride à l’accordéon et Joseph à la cornemuse, deux amis rencontrés dans un camping de Croatie, plus d’un an déjà. Petit tour de rond point en musique, puis nous posons nos embarcations tant bien que mal, les larmes aux yeux, pour serrer fort, très fort nos parentounets, mon fréro et les potos. Première fois de ma vie que je vis ce genre de moment, comme beaucoup d’autres durant le voyage. Je me sens tout con, vite sortir une connerie à chacun, je ne sais pas comment faire autrement.
La suite, les soixante judokas également présents dans la maison familiale et rurale vous le raconterons mieux que moi, qui fut en surproduction cognitive durant tout le week-end.
Nous avons évidemment beaucoup discuté, nous avons beaucoup dansé, joué, et il me semble qu’à l’image de notre voyage, il y eu beaucoup de rencontres.
Aujourd’hui cela fait déjà plus de deux semaines que nous sommes en terre familière. Nous sommes rentrés chacun chez nos parents puis nous nous sommes rejoint et avons fait un petit coucou à deux copains aux alentours de Dijon. Plaisir de retrouver la famille et de passer des soirées à discuter, redécouvrir nos maisons d’enfance comme si nous les avions quitté la veille, s’étonner des facilités pratiques d’une cuisine ou d’une salle de bain, rejouer du pince-couille pour Flo (selon une expression d'un bourguignon guitariste) bouleverser notre régime alimentaire (nous nous sommes même refait des pâtes hier pour se rappeler à quoi ressemble un repas simple), éteindre la TV ou la radio assez rapidement, faire le plein de confiture maison, ressentir le manque physique d’air pur, regretter déjà notre mode de vie qui nous laissait le temps d’accepter un apéro imprévu sans se préoccuper de la suite de la journée, replonger dans les nécessités administratives qui ne nous avaient pas manqué loin s’en faut. Cette semaine nous avons également pris le temps d'aménager notre beau camion trafic. Il est bel et bien terminé et chargé depuis une heure. Nous sommes sur une autre planète, un peu déboussolés et essayons de programmer notre arrivée sur Grenoble.
Et oui, nous retournons auprès des montagnes… et à l'air pur au camping de Grenoble. Nous avons fait ce choix en attendant notre prochaine mutation en septembre 2008. Mais cette année supplémentaire de disponibilité ne ressemblera pas à celle qui vient de s’écouler. Grenoble reste notre académie et nous aimerions essayer de bosser dans l’animation tout essayant de reprendre contact avec l’enseignement et nous former davantage à nos métiers respectifs. Quel beau programme !
Au plaisir de vous revoir et prendre du bon temps avec vous tous. A bientôtLes néo-verticaux
Et pour terminer, quelques chiffres :
10 362 kilomètres
6 crevaisons
427 nuits dont 236 nuits sous la tente