Tss tss tss

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Macedoine - Stip
de Oulaoup, le 04-11-2006

Tss tss tss

Voyager a velo, fait nouveau pour nous autres citadins, nous oblige a vivre au meme rythme que le soleil. Ici, il fait nuit a 16h lorsque les montagnes nous entourent ou 16h30 en plaine. Nous essayons de changer notre rythme et donc de nous arreter au plus tard a 14h30. En ayant fait un enorme petit dej, on se passe de pause meridienne (waou) et on mange qu'en fin d'apres midi.
Apres avoir claque beaucoup trop de fric a notre gout dans les hotels macedoniens on decide coute que coute de dormir sous notre tente et dans nos supers duvets plumes de canard ce soir. Le soleil est encore haut et le vent est a peine plus doux (estimation : -2C) que la veille. Pour eviter les regards on aborde le petit village de Tri Cesmi par l'extremite sud en passant devant la superbe eglise orthodoxe. Une rue apparemment deserte mis a part un ado a qui on fait essayer notre velo. Peu apres, arrive Mitre, vendeur de chaussettes ambulant, avec qui j'hesite a faire affaires tellement nous avons eu froid aux pieds malgre nos protections de fortune en papier journal. Il baraguine un peu italo-anglo-germano et est tout surpris par nos velos et nos 3500 kms. Quand on lui apprend que l'on va poser notre tente il manque de s'etouffer. Deux autres curieux s'approchent dont le proprietaire du petit coin d'herbe qu'on lorgnait. Egalement etonne par notre envie d'air pur et de ciel etoile, il nous dit qu'il n'y a pas de probleme pour poser la tente. Mitre, qui habite la ville d'a cote et qui ne peut pas nous heberger, est sincerement embete pour nous et parlemente avec l'un des hommes. Nous ne comprenons pas tout mais apparemment nous devons suivre quelqu'un pour boire un cafe. Notre traversee du village avec cet homme est seulement parsemee de nos balbutiemments de macedonien tout recemment appris. Une petite pause au chaud dans sa maison puis nous repartons car nous n'avons pas bien compris quelle etait la nature de son invitation (pour le cafe ? pour la nuit ?).
Nous voila donc au meme point qu'une heure avant avec 2 degres de moins pour monter la tente sous le regard d'un petit groupe d'adultes et d'enfants sans cesse grossissant. Nous jouons un peu la comedie genre "regardez comme elle est bien notre cabanne avec nos duvets et tout notre equipement contre le froid".Non! Non! tout va bien meme si on sait qu'il va faire -6 cette nuit! En effet, nous ne voulons pas forcer l'hospitalite et etre inviter par compassion. Nous jouons tellement bien notre role que plusieurs adultes se marrent et nous prennent pour des tetus un peu claustrophobes qui ne veulent absolument pas dormir entre 4 murs. Quiproquo.
Une fois la tente montee nous decidons d'aller nous refugier dans le troquet du bled. On l'a reve et mis a part les deux mini-market chauffes, il n'y a rien d'autre. On rencontre Pero a la caisse. C'est un gars qui habite juste a cote de notre tente et dont les gamins et les autres adultes s'etaient ouvertement moques quelques minutes plus tot. Le simplet du village apparemment. Mitre revient egalement de sa tournee de chaussettes. S'entamme alors d'apres discussions pour savoir a qui sera donne l'honneur d'heberger ces deux etrangers par cette nuit de grand froid. Mitre veut absolument nous inviter chez lui (a 10 kms) et Pero, tetu comme pas deux, insiste apparemment lourdement. Nous assistons a cette semie dispute en macedonnien impuissants et genes. Un negociateur qui parle anglais nous sauve de cette situation et conclu un compris : nuit chez Pero et cafe le lendemain chez Mitre.
Nous suivons Pero amuses mais un tantinet inquiets par son attitude assez etrange. Il a des especes de tics de langages et ne cesse de repeter Tss tss tss et chut chut chut en faisant signe de ne pas parler trop fort. Il est vraiment tres tres tetu. Quand on lui parle de s'arreter manger un sandwich dans le petit cabanon decouvert au coin de la rue, il s'exclame et court sonner a une maison aux volets fermes. (Peut-etre une connaissance qui sait cuisiner ?). Les 10 premieres minutes chez lui nous parraissent une eternite. Il balance le crayon et le papier qu'on lui tend pour tenter de dessiner faute de pouvoir parler. Il chausse ses lunettes pour lire notre carte de travers, ce qui nous rassure car nous croyons lui avoir fait honte avec notre papier au cas ou il ne sache pas lire ou ecrire. Enfin arrivent ses filles et sa femme. La communication/devinette est un peu plus facile malgre nos meconnaissances de nos langues respectives. Nos premiers apprehensions envolees, nous nous detendons et Pero egalement (malheureusement a sa maniere) avec son Rajki maison. Pero est un personnage tres gentil mais un rien accaparant. En milieu de soiree, il entraine Flo dehors et dans le froid pour demonter la tente et rappatrier toutes les affaires. Rien a faire contre la volonte de Pero. Nous partageons un repas, encore une fois trop copieux vu la modestie apparente de cette famille, mais de raison ici pour accueillir deux etrangers. Nous nous couchons dans une chambre ou il doit faire 6 degres, creves par la communication en forme de devinnettes langagieres. Et nous utilisons finalement nos supers duvets en plumes de canard !

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