Nous repartons de Mostar a la fois troubles et plein d'images en tete. Pause sereine dans une maison Ottomane surplombant une source,avant d'attaquer une enorme montee au soleil couchant en entendant l'appel a la priere dans une mosquee en contrebas. Presque au sommet, nous demandons un bout de terrain a une famille musulmanne. Les deux jeunes de la famille viennent discuter et essayer nos velos tout en nous offrant une bouteille de vin ! C'est encore ramadan et ils attendent le coucher du soleil pour pouvoir manger. Le lendemain midi, 25 bornes apres le depart, nous nous arretons a Nevesinje une petite ville de la Republique Serbska. Ici, les habitants sont seulement des Serbes de Bosnie et l'alphabet est cyrillique. Nous posons nos velos pour faire des courses et nous faisons connaissance de Milimir Kika. Cet homme d'une cinquantaine d'annees est tres interresse par nos velos et tient absolument a nous offrir un cafe et nous faire rencontrer sa famille. Une heure apres, nous essayons de lui faire comprendre que l'on aimerait pique-niquer. Il veut nous accompagner pour nous faire une visite guidee des deux uniques rues et de l'ecole de sa ville. Puis un peu plus tard, il nous propose de dormir chez lui pour reprendre des forces avant la route. Finalement on se retrouve dans l'appartement de sa fille, absente pour la soiree, a faire une tarte aux pommes (excellente selon les cuisiniers, sans commentaires selon les invites) pour remercier Milimir. C'est une situation assez amusante d'autant plus qu'a la television, il y a le Prince de Bel Air sous titre en serbe. Apres cette pause, nous repartons tres tot le lendemain. La route est magnigique et deserte. Normal puisqu'il n'y a plus d'asphalte sur 30 kms ! En fin de matinee, nous croisons un berger qui nous fait signe de ralentir pour ne pas effrayer ses chevres. Il nous invite au cafe en compagnie de sa femme et sa mere dans une ferme au confort plus que rudimentaire. On se sent dans un autre monde. La tradition ici est de boire du rajkia (goutte) en attendant que le cafe soit pret car il faut le moudre. Le berger en profite pour nous servir quatre verres de suite quand sa mere a le dos tourne. Une heure apres, sans avoir mange, la tete et le bide retournes, la piste et ses nombreux cailloux nous paraissent beaucoup plus difficile a surmonter. Heureusement nous retrouvons l'asphalte une vingtaine de bornes plus loin. Le soir, notre endroit pour bivouaquer aurait pu sembler idyllique avec vue sur lac et montagnes, mais c'est aussi l'endroit choisi par tout le monde pour y laisser ses dechets. Cela ne rebute pas les nombreux paysans qui viennent y faire paitre leur unique vache ou chevre. La ville nous semble un peu lugubre et vraiment tres pauvre. A Trebinje, une ville a la frontiere avec la Croatie et le Monte Negro, nous n'avons pas le temps de poser nos velos qu'une dizaine de personnes nous observent et viennent discuter. Nous rencontrons Claude, un francais qui voyage avec son camping-car et qui arrive tout juste du Monte Negro. Nous passons l'apres midi et la soiree en sa compagnie. Puis c'est reparti pour une grande grande cote avant le Monte Negro. Avant de franchir la frontiere, nous nous arretons pour la nuit dans un petit bled. Nous demandons de l'eau et la permission de poser la tente non loin du terrain de sport. Un petit groupe de personnes qui viennent tout juste de rincer leur cuve de rajkia, nous font gouter le fruit (ou plutot la boisson) de leur travail et plein de pommes. Avant de rejoindre notre campement, nous sommes a demi forces d'accepter la bouteille entiere de rajkia. Ce soir c'est royal : pates aux champignons frais offerts au sortir du col, confiotte maison a la figue, et comme digestif rechauffant, le breuvage serbe.
Samedi 14 octobre, nous entrons au Montenegro, depuis peu independant (juin 2006). De ce pays apparemment tres montagneux, nous verrons seulement la cote adriatique qui parait assez riche, le Fjord de Kotor et l'impressionnant lac de Skadarsko. Nous rencontrons Fred, un cycliste qui voyage en Europe depuis trois mois. Nous faisons un petit bout de route ensemble et passons une soiree a prendre un peu de recul et a partager nos impressions et etats d'ames. Il est autant charge que nous et entamme bientot son virage a l'ouest pour rentrer en France. Le long du lac Skadarsko, on sent vraiment l'automne s'installer. Les chataigniers offrent leur fruits aux gens qui habitent au bord du lac, les feuilles sont toutes rousses et la lumiere se fait douce et chaleureuse. Derniere nuit au Montenegro deja teintee de paroles albanaises. Nous dormons dans un village peuple d'Albanais immigres qui nous apprennent ces petits mots salvateurs qui font sourire et soulagent au moment adequat (bonjour, aurevoir, merci, svp, bonne nuit, bon appetit...). Ce dernier bivouaque avant l'Albanie a quelque chose d'inquietant mais d'attirant . Meme si nous sommes un peu flippes inutillement, cette sortie des sentiers battus nous semble importante. Apres quelques lectures et echos tous assez negatifs sur l'Albanie, nous voulons nous faire notre propre opinion bien que forcement partielle puisque breve.
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