De cay en cay

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Turquie - Sur les routes
de Claire, le 29-04-2007

De cay en cay

Nous sommes arrivés en Turquie il y a un mois. Sans réelle maitrise des événements, nous nous laissons flotter au grès des rencontres et des petites routes. Nous tombons petit à petit amoureux de ce pays dans lequel nous nous sentons vraiment bien. Nous ressentons une atmosphère vraiment spéciale qu’il serait vraiment bien difficile de décrire ici. Quotidiennement, une multitude de choses nous marquent, nous font sourire ou nous étonnent. Voici donc seulement quelques anecdotes ou bribes de notre mois d’avril.

L’arrivée à Marmaris et la première étape furent un aperçu de tout ce que je me faisais comme image de la Turquie en lisant les récits d’autres voyageurs à vélo : hospitalité et énorme dénivelé. Nuit a l’Otogar : les employés nous assurant qu’il n’y a aucun problème pour planter la tente dans le parc adjacent et nous offre un sac entier de mandarines. Mais au petit matin, à peine la fermeture éclair ouverte, un policier me demande de déplanter la tente ‘no camping, no camping’. Dix minutes s’écoulent et le responsable de la sécurité se presse de nous offrir le thé. Il est suivit de près par l’homme qui nous avait donné la permission de planter la tente et qui s’excuse. Nous buvons donc nos premiers çay tout en nous étonnant de cette situation. Les policiers viennent taper la causette avec nous et il nous semble qu’ils veulent se faire pardonner. Plus tard, nous quittons Elise et Stephane les deux québécois rencontrés à Rhodes. Ils partent sac au dos en direction du Nord. Pour nous, une cote de 500m d’altitude nous attend, puis retour au niveau de la mer et remontée de 600m d’altitude en compagnie de camions et autres engins dont le pot d’échappement laisse à désirer. Nous arrivons au col exténues et nous demandons à une jeune fille du village de planter la tente dans un champ non loin. Elle est un peu embetée et nous dit de venir plutôt dans la cour de sa maison. Sa tante nous propose de dormir à l’intérieur mais nous refusons car je ne me sens pas bien et je préfère me coucher tout de suite. Nous ne coupons tout de même pas à l’invitation au thé et à la tradition de resservir la personne tant qu’elle ne manifeste pas vivement son refus. Nous découvrons pour la première fois l’intérieur d’une maison et les coutumes : se déchausser (autant dire qu’après une journée de vélo ce n’est pas l’idéal), des tapis partout, un poele au bois, s’asseoir par terre et partager ensemble le plat posé sur un grand plateau circulaire... Au coucher du soleil, c’est l'appel à la prière par l’Ezan et le père installe son tapis de prière, nous l’observons du coin de l’œil. Le lendemain, reveil par l'Ezan a 5h. Plus tard, la famille nous invite pour le petit dej : tomates, concombres, pain matelasse et réchauffé au poele, beurre en grosse motte, fromage en bloc qui s’émiette sur le pain, olives, miel, soupe.

Lors des étapes suivantes nous empruntons uniquement des petites routes sur lesquelles les camions sont quasiment absents au contraire des tortues de terre. Pendant trois jours nous enchaînons quotidiennement 1000 m de dénivelés pour arriver enfin sur un plateau à 1000m d’altitude. Notre présence est toujours remarquée et en deux semaines nous rattrapons quasiment notre niveau de grec grâce à notre dictionnaire et notre cahier de vocabulaire. Les gens se montrent très attentionnés et veulent absolument nous rendre service même quand nous n’en n’avons pas besoin. Ils sont toujours très intéressés par notre voyage et notre pays d’origine. Apres quelques tentatives de réponses franches, nous nous sommes résolus à répondre que nous sommes fiancés car sinon les discussions qui suivent sont assez longues et complexes. Mais le regard se porte alors automatiquement sur nos mains vides de bagues et nous nous sentons tout gênés.

Mi-avril nous avons rejoint en bus et auto-stop Claire et Thomas dans le Nord. Nous avons passé une semaine riche et intense en événements. Nous nous sommes baladés dans les campagnes aux environs d’Eskisehir et d’Iznick et avons pu découvrir ensemble l’hospitalité insensée de ce peuple. Avant leur départ nous avons testés le hammam et, comme nous étions les seuls, nous avons eu le droit de nous relaxer ensemble (normalement il y a une partie réservée aux femmes et une aux hommes.)

Avant de retourner dans le Sud, Flo a eu le temps de se faire soigner par un barbier. C’était assez extraordinaire et j’ai eu le droit de m’asseoir et d’observer les différentes étapes (notamment celle du massage). Une nuit de train : on se serait crus en première classe. Ici en Turquie, deux mondes se côtoient de façon anachronique. İl y a des choses extrêmement modernes et d’autres beaucoup plus rudimentaires. Les villes et les campagnes sont totalement différentes.

Au petit matin, visite du site touristique Pammukale (château de coton), incontournable pour les turcs. Curiosité géologique, entièrement fabriquée par les eaux chaudes calcaires qui s'écoulent de la montagne. Ce phénomène naturel laisse des couches blanches sur la pierre, ce qui donne à la montagne une apparence de forteresse de coton ou d’une chute d’eau gelée. Puis, nous avons récupéré nos vélos chez Cenk, patron d’un magasin de tentes et grands marabouts. Il en a profité pour réparer notre fermeture éclair de tente et nous a invité trois nuits chez lui. C’est la première fois que je voyais un poele et des WC a la turque dans un appartement. Soit dit en passant, nous avons adopté la méthode turque des la deuxième semaine et, passé l’effort psychologique, nous sommes communément d’accord pour dire que cela nous convient très bien (Pour ceux qui seraient tentés de suivre notre exemple en France, cela demande des WC a la turque équipé d’un petit robinet, d’un broc et d’un savon.)


De çay en çay en passant par de multiples invitations (que nous sommes parfois obligés de décliner pour avancer un peu), nous avons roulé 8 jours sans pause à travers plateaux, lacs et montagnes d’Anatolie. Les journées sont assez chaudes mais les nuits restent bien fraîches.

Arrivés à Konya,nous nous sommes empressés de prendre un bus pour ‘la Capitale’ et faire procuration deux heures avant le départ de la ‘valise diplomatique’ pour la France. Le deuxième tour comptera nos voies.

Retour a Konya ville des soufis et d’un célèbre personnage de la religion musulmane appelé Mevlana. Hier soir,nous avons pu assister a une représentation gratuite de Derviches Tourneurs, confrérie musulmane soufie fondée par Mevlana. Ils sont connus pour une danse appellée Sema et forment d’énormes toupies dans leurs grandes robes blanches déployant les bras et tournant sur eux-mêmes jusqu'à une sorte de transe. La musique soufie était très saisissante et appaisante. Le soufisme étant le coté ésotérique de l’islam.

Et pour la suite ? Nous partons demain pour Aksaray non loin de la Cappadoce. Nous comptons randonner quelques jours puis entamer notre virage de retour ou continuer un peu a l’est, qui sait ?

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